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A. La CHARTE de l’Institut

Rubrique Nos recherches-actions.

LA CHARTE de Recherche-Action l’Institut

Préambule :La démarche de recherche-action de l’Institut Epi-Ethno Santé a pour objet de contribuer à l’amélioration de la santé des populations les plus défavorisées en France et dans le monde. Nous considérons comme populations défavorisées des populations ou des groupes qui, comparés à la majorité de la population d’une région, d’un pays ou du monde, souffrent d’une plus faible santé, bénéficient d’un accès réduit aux services de soins et bénéficient de moins d’opportunité d’être en bonne santé. L’Institut ne se recommande d’aucune affiliation politique et d’aucune confession religieuse.

1. Définition

Nous entendons par recherche-action, des recherches dans lesquelles il y a une action délibérée de transformation d’une situation, processus ayant un double objectif : transformer la réalité et produire des connaissances concernant ces transformations (1). La recherche-action n’est pas simplement une méthodologie, comme un outil qui se transmet de génération en génération, mais un processus qui forge ses propres outils.(2)

La recherche-action opère un lien entre théorie et pratique dans une configuration spécifique où le chercheur est aussi l’acteur de la transformation.(4)

La recherche-action commence toujours par une insatisfaction profonde, une attente, un désir d’aller plus loin, un questionnement qui ne trouve pas de réponse dans les savoirs classiques, l’intuition que les processus fondamentaux se jouent même si nous ne pouvons pas encore les définir ni même percevoir. Au départ, cette insatisfaction provient soit du chercheur, soit des acteurs de terrain, soit de la population elle-même. La RA s’appuie toujours sur une démarche libre et volontaire pour l’Institut comme pour les partenaires-terrain ou la population. (1)

2. Action ? Recherche ? Recherche-Action ?

Pour l’Institut, la recherche-action n’est pas seulement de la recherche et n’est pas seulement de l’action : c’est la réunion des deux. Cette réunion se concrétise par l’ouverture d’un nouvel espace de travail, apportant un éclairage différent sur des situations humaines et des problématiques de santé. La position d’acteur du chercheur défend l’idée que l’on ne peut rien connaître de ce qui nous intéresse sans que nous ne soyons partie prenante. Le chercheur doit être concerné personnellement par l’expérience dans l’intégralité de sa vie émotionnelle, sensorielle, imaginative, rationnelle.

3. Un processus entre spirale et réflexivité.

Par la recherche-action, l’Institut identifie, expérimente et évalue des réponses nouvelles, généralisables, reproductibles et réalisables dans d’autres situations, par une immersion permanente de ses chercheurs dans l’action de terrain.

Spirale : le processus de recherche-action est un mouvement cumulatif formant une "spirale" d’interactions entre pratique, observation et théorisation (la planification, la mise en application d’une première étape du plan d’intervention avec observation des effets et, enfin, la planification d’une nouvelle étape d’action à partir des résultats obtenus dans la précédente, et ainsi de suite). (5)

Réflexivité : les deux moments de la participation et de l’observation, ou encore de la « recherche » et de « l’action » peuvent être considérés comme concomittents, et non successifs. Agir et savoir de cet agir sont en relation réflexive.

4. Le chercheur collectif

Le chercheur collectif est un groupe central du processus de recherche constitué par des chercheurs professionnels (venant d’Epi-Ethno Santé ou d’organismes de recherche ou d’universités, en France ou à l’étranger), des acteurs ou praticiens de terrain et des membres particulièrement impliqués, de la population concernée.

Sa constitution doit faire l’objet d’un travail de contractualisation. Le contrat précise les fonctions de chacun, le système de réciprocités, les finalités de l’action, les enjeux financiers, la temporalité, les frontières physiques et symboliques et le code éthique de la recherche.(1)

Le chercheur professionnel y apporte un savoir académique, en complément des savoirs pratiques des acteurs et des savoirs populaires. Il est l’animateur du groupe et propose des pistes en terme de discussion et d’action. Il est le catalyseur de la production de savoir. Il est le garant de l’équilibre de participation des trois pôles constituants le chercheur collectif. Il est à la base de la participation démocratique.

5. Connaissance produite

En recherche-action, toute connaissance produit un changement, tout changement produit une connaissance.(3) Modifier la réalité sociale afin de la connaître en est le principe fondamental. Elle permet d’atteindre, dans la finesse des situations créées, un niveau de conscience et de connaissance plus difficile à obtenir autrement.

Concrètement : La recherche-action menée par Epi-Ethno Santé apporte une connaissance sur la santé des populations étudiées ; détermine avec les populations, leurs problèmes, leurs besoins et leurs demandes de santé ; identifie et en évalue les réponses existantes ; aide les praticiens à une meilleure compréhension de leurs pratiques, etc...

Plus largement : La recherche-action menée par l’Institut apporte une connaissance sur les mécanismes de l’interaction santé-environnement ; sur les attitudes et les comportements liés à la santé des populations défavorisées ; sur les déterminants économiques, politiques et autres conduisant à l’exclusion de groupes d’individus du système de santé, etc... La recherche-action menée par l’Institut expérimente de nouveaux processus et méthodologie en santé publique.

La multidisciplinarité L’équipe de chercheurs professionnels de l’Institut, qui intégrera le groupe chercheur collectif, se compose d’une équipe pluridisciplinaire alliant des professionnels et chercheurs médecins et épidémiologistes à des professionnels et chercheurs ethno-anthropologues de la santé, ainsi qu’à des professionnels d’autres disciplines pouvant contribuer à la réalisation de son objet (sociologues, psychologues, économistes et acteurs économiques, politologues, juristes...).

Production, appropriation et dissémination des savoirs La production collective de connaissance au sein du groupe chercheur collectif permet l’appropriation des connaissances par l’ensemble des parties (population, acteurs de santé et chercheurs professionnels). Elle favorise l’indépendance et l’autonomisation des processus de recherche. L’écriture est collective. Les écrits sont proposés à la lecture et à la discussion de tous. L’ensemble du rapport doit comporter des parties écrites par le nombre le plus large possible des membres du chercheur collectif. (1) Le chercheur professionnel accepte que le rapport ne se présentera pas sous la forme académique classique. L’appropriation des connaissances est ainsi directement partagé par tous les membres du groupe : les publications sont diffusées le plus largement possibles, des rapports d’activités sont établis, des personnes relais vers la population sont identifiées.

6. Formation ou Coformation :

Au sein de la recherche-action d’Epi-Ethno Santé, il se crée un échange de savoir sur la logique de l’échange symbolique, du donner, recevoir, rendre. La formation ne se conçoit pas dans un sens unique mais dans une réciprocité : nous parlons de co-formation. Les praticiens et la population concernée questionnent sans cesse les chercheurs sur la pertinence de la dimension théorique dans la situation concrète considérée. Les chercheurs professionnels font découvrir aux praticiens, à la population, la relativité culturelle des conduites d’idées ou de valeurs que ceux-ci croyaient absolues. (4)

7. Ethique du changement

L’action délibérée du changement de la réalité ne va pas sans considération éthique. Il s’agit de trouver le juste milieu entre la position du planificateur de programme de santé publique et la position de pur observateur. Nous n’imposons pas, mais nous ne sommes pas non plus seulement dans l’observation ou dans une seule critique des pratiques. Nous avons un rôle de catalyseur de projet. Nous effectuons une pratique critique de la santé publique. La spirale action - évaluation - action qui s’inscrit dans une perspective à long terme est un des garants de l’éthique du changement, car elle permet de recibler rapidement tout programme qui s’éloignerait des préoccupations de la population et d’une dynamique d’amélioration de sa santé. La participation de la population est aussi le garant de l’éthique du changement, dans la mesure où tout est fait en collaboration avec la population.

8. Ethique de la participation et de la démocratisation.

La recherche-action, en ne situant pas le savoir comme un savoir expert, mais comme un savoir à produire, est directement liée à la démocratisation. (4) C’est la situation qui impose aux acteurs de se réunir dans un rapport égalitaire au travail puisque personne ne possède la réponse et la réponse ne peut être obtenue que dans une mise en relation collective. Une organisation non hiérarchique de la connaissance favorise par association et correspondance, la mise en lien inédite des idées et des concepts dans une unité cohérente. (Charte coopérative in Recherche-action.fr)

9. Ethique de la relation politique.

La recherche-action menée par Epi-Ethno Santé est une recherche qui ne repose pas sur une commande extérieure, mais qui est auto promue par ceux qui la mènent. La recherche-action d’Epi-Ethno Santé, aussi grâce à une stratégie de financement nouvelle (développée dans notre « charte communication et financement »), permet d’échapper aux décisions de recherche déterminés par les ressources mises à leur disposition, liés aux mécanises économiques et financiers et aux systèmes de pouvoir politiques. (4)

10. Implication, distanciation et militance.

Nous n’opposons pas, au sein du processus de recherche-action d’Epi-Ethno Santé la notion d’implication à celle de l’objectivité. Au cœur de la recherche-action, un travail d’objectivité s’effectue par un processus de la distanciation. Il n’y a pas pour nos équipes de recherche de contradiction entre recherche-action et militance, dans la mesure où comme en recherche-action, le projet de la militance est aussi un projet d’émancipation, non seulement de soi (le chercheur de l’Institut), mais aussi de l’autre (les acteurs et des populations rencontrées). Au sein des projets de recherche-action que nous menons, émerge une implication politique que nous voulons assumer. Elle se situe dans le fait de ne pas accepter un état de chose et de tenter de résoudre les choses collectivement, avec d’autres, dans un esprit militant pour qu’ensemble, nous sachions trouver des solutions. (4)

11. Pour un développement sanitaire durable

Par la recherche-action, Epi-Ethno Santé développe de nouveaux concepts, un nouveau paradigme scientifique en santé publique. En immergeant le chercheur au plus près de la problématique, nous lui permettons un accès à d’autres modes de savoirs issus de la tradition et du bon sens populaire ou encore de l’expérience et de la pratique des acteurs de terrain. De ce travail collectif vont naître nous le pensons de nouvelles perspectives de recherche, des actions de santé dynamisées et plus pertinentes, s’inscrivant dans le temps, offrant toujours plus d’opportunités aux personnes d’améliorer leur état de santé, en permettant ainsi aux générations futures de faire de même. Et l’Institut incite la communauté scientifique, les acteurs politiques et économiques, le secteur public comme le secteur privé, à s’investir des problématiques sanitaires de ces populations en les invitant à participer directement au processus de recherche-action, notamment par la diffusion des publications. Nous souhaitons ainsi contribuer à l’élaboration d’actions sanitaires plus pertinentes, et être les porte-voix du « développement sanitaire durable ».

1. BARBIER, R. (1997). "La recherche-action existentielle."

2. BAZIN, H. (2003). Questions fréquentes sur la recherche-action, Recherche-action.fr.

3. BAZIN, H. (2004). Les enjeux de la Recherche-action, recherche-action.fr.

4. MESNIER, P. M. and P. MISSOTTE (2003). La recherche-action : une autre manière de chercher, se former, transformer. Paris, L’Harmattan.

5. http://www.recherche-action.fr/ ; Collaborative Action Research Network (même adresse)

6. http://www.epi-ethno-sante.org



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