Rubrique Nos recherches-actions.
Chercheur référent
Ana JURADO, chercheur anthropologue et administrateur d’ Epi-Ethno Santé, est partie à Quito, en Equateur pour un premier contact avec le terrain. Cela a été l’occasion pour l’Institut de faire une étude de faisabilité afin d’initier une recherche-action, en collaboration avec des structures sanitaires locales autour de la problématique de santé sexuelle et réproductive.
Recherche-action (RA) « Santé Sexuelle et reproductive des adolescents de Pedro Moncayo
Epi-Ethno Santé mène depuis janvier 2005 et pour une durée de trois ans cette recherche-action en Equateur. Ce travail concerne les adolescents de 12 à 19 ans du canton Pedro Moncayo, situé à 70 km au nord de Quito, capital de l’Equateur. Actuellement, le Conseil Cantonal de Santé élabore une proposition d’un plan global de santé où plusieurs aspects seront pris en compte. La santé sexuelle et reproductive est une des préoccupations. Dans ce contexte, Epi-ethno Santé développe un projet d’étude-action avec une approche anthropologique sur la conception de la sexualité chez les adolescents, cela afin d’améliorer la diffusion de l’information concernant la sexualité et de rendre plus accessible la prise en charge des adolescents. Nous avons centré nos premières recherches dans la ville de Tabacundo, capital de Pedro Moncayo.
A. Partenaires principaux
Notre partenaire principal est la fondation CIMAS DEL ECUADOR sans but lucratif qui depuis 1997 réalise et approfondi des études concernant l’environnement, le développement durable et la santé en Equateur. CIMAS DEL ECUADOR élabore des projets dans le canton de Pedro Moncayo où elle a eu le rôle de conseiller technique dans des activités liées à la santé. La fondation a impulsé la création d’un comité de santé, aujourd’hui le Conseil cantonal de Santé, en partenariat avec de nombreuses instances comme la Municipalité du canton, l’OPS-OMS, entre autres. Nous avons également le soutien du Conseil Cantonal de Santé et la “Oficina de la Juventud” de la Mairie de Pedro Moncayo. Nous avons le soutien “Desarrollo Juvenil”, association des jeunes du canton Pedro Moncayo. Cette organisation est consacrée à la réalisation de d’ateliers de loisirs dans la région. Le Lycée National Tabacundo colabore également avec la recherche-action.
B. Contexte général de la RA
En Equateur, l’âge moyen du début de l’activité sexuelle est de 16,6 ans (1). Une des conséquences est la grossesse précoce : 9.8% des grossesses équatoriennes ont lieu chez des adolescentes(2). Ce taux élevé (0,85% en France)(3) est à l’origine de problèmes sanitaires importants, d’autant plus que pour beaucoup de jeunes, le début de la vie sexuelle est marqué par la violence et l’exposition aux maladies sexuellement transmissibles. La grossesse pendant l’adolescence constitue un risque majeur de mortalité et de morbidité tant pour la mère que pour l’enfant : anémie, hypertension, néphropathie et éclampsie, troubles dépressifs chez la mère et faible poids de naissance de l’enfant (4) Ces risques sont aggravés du fait qu’en Équateur, 14,9% des grossesses ne bénéficient pas de suivi médical (5). En Equateur le taux de mortalité infantile de moins d’un an est de 24/1000 et le taux de mortalité maternelle en 2003 était de 77,6/100.000 (6). On peut penser que ce pourcentage est encore plus élevé parmi les adolescentes. Les jeunes filles se rendent compte souvent très tardivement de leur grossesse ou occultent leur état tant que cela est possible. Le recours fréquent à une Interruption Volontaire de Grossesse est un facteur de risque supplémentaire, réalisée illégalement et dans des conditions dangereuses, l’avortement étant interdit en Equateur. Ces problèmes sanitaires sont accentués par des conditions socio-économiques : la maternité, dès l’adolescence, limite le « développement global » de ces jeunes femmes. Une grossesse non désirée peut affecter l’intégrité émotionnelle de ces adolescentes qui ne sont pas encore prêtes à devenir mères et pour qui la société équatorienne n’a toujours pas prévu de structures de soutien, bien que l’Etat ait prévu des lois autour de la sexualité, rien n’assure de façon générale le soutien des jeunes mères.
1. Déterminants biomédicaux et épidémiologiques
1.1. Problèmes plus fréquents
Le risque de mortalité et morbidité est différent en fonction de l’âge et du genre. Ainsi, les adolescents mineurs (10-14 ans) ont un profil épidémiologique qui tourne autour des problèmes liés à la croissance, au développement physique, aux habitudes nutritionnelles, etc. Alors que les causes d’hospitalisation et de mortalité sont plus importantes chez les adolescents majeurs (14-19 ans). La progression de l’âge se traduit par une augmentation des complications liées au commencement de l’activité sexuelle. Selon Jorge Naranjo Pinto (7), des 10 principales causes d’hospitalisation correspondent à des problèmes obstétriques chez les adolescentes majeures et 3 chez les adolescentes mineures.
La pathologie maternelle en Equateur pendant la grossesse est en relation avec trois aspects principaux :
Complications rénales : infections des voies urinaires chez un quart des adolescentes. Le début est asymptomatique et le risque est majeur parce que ce groupe va très tardivement aux contrôles, et quand elles le font le manque d’argent complique le suivi des recommandations.
Hypertension induite par la grossesse : certains études (8) affirment que l’incidence de l’HTA gravidique est quatre fois plus haute chez les adolescentes. L’hypertension induite par la grossesse la principale cause de mortalité maternelle dans le pays.
Problèmes nutritionnels : L’adolescence étant une période de croissance, le corps a besoin d’un grand nombre de calories et nutriments. Si à cela on rajoute la grossesse, les besoins énergétiques sont plus hauts. Or, les jeunes sont une population qui a très peu d’information sur la nutrition et s’alimentent des façon deordoné. A cela peut s’ajouter les problèmes socio-économiques qui rendent difficile une alimentation correcte. Cela se traduit par un grand nombre d’adolescentes anémiques.
Selon Melania Espinoza, ginecologue et obstétricienne du Centre de Santé à Tabacundo, le problème principal chez les adolescentes enceintes du canton sont rélationnés avec la nutrition. On observe problèmes de poids bas lors de la grossesse, et de l’enfant quand il est né (9). Beaucoup d’adolescentes ont de problèmes d’anémie. Ceci est confirmé par l’assistente sociale du Centre, Ligia Núñez qui reçoit à presque à toutes les adolescentes enceintes du Centre. Selon cette dernière, il est certain que le bas-poids de l’adolescente est le reflet de la situation socio-économique des jeunes mais aussi c’est le signe de problèmes de dépresion ou anxiété liés à l’incertitude de son état.
Un autre aspect à prendre en compte est l’impact sur la santé de l’enfant d’une maternité précoce. La mortalité et la morbidité sont plus fortes chez les enfants des mères adolescentes. Cela est dû à un grand nombre de facteurs comme le fait d’être primigeste ou du fait d’une situation socio-économique précaire. Ce dernier ayant de conséquences sur le niveau éducatif de la mère et la façon dont elle va prendre en charge l’enfant. Selon les indicateurs du CEPAR-ENDEMAIN, il aurait une moindre capacité de comportement préventif face aux problèmes chez les adolescentes. On peut citer à manière d’exemple une étude de 2002 réalisée à l’hôpital Gynéco-obstétrique Isidro Ayora à Quito selon laquelle 74.2% des adolescentes enceintes ont déclaré avoir assez d’expérience pour l’attention de l’enfant. Or, quand elles ont été interrogées sur de choses plus concrètes les réponses montrent une méconnaissance des responsabilités maternelles : 86% ne connaissaient rien sur les vaccins, uniquement 55,7% allaiteraient, 11,3% savent changer les couches, 44% reconnaissent les pleurs comme signal d’alarme, etc. Cette situation se voit aggravée du fait qu’en Equateur uniquement 33% des femmes font suivre leur enfant après l’accouchement (10). On observe également un sevrage plus précoce : trois moins avant la durée moyenne d’allaitement des mères adultes(11).
1.2. Politiques de santé et du système de soins
En Equateur, dans les années 90 un cadre légal a été établi et reconnaît les droits sexuels et reproductifs. De façon complémentaire l’Etat a établi diverses lois qui encouragent une santé sexuelle et reproductive adéquate. Le Ministère de Santé Publique (MSP) établi des normes de suivi pour la santé sexuelle et reproductive. Ainsi en 1994 est créée et réformée en 1998, la loi de Maternité Gratuite et suivi aux enfants. Cette loi garanti le droit au suivi gratuit pendant la grossesse, l’accouchement et le post-accouchement, ainsi que l’accès aux programmes de santé reproductive. De la même façon, les nouveaux nés et les enfants mineurs de 5 ans bénéficient d’un suivi gratuit. Malheuresement cette loi est très mal connue par les jeunes d’autant plus que les programmes de planification familiale et d’éducation sexuelle sont dirigés surtout aux adultes. Le contenu et les messages ne sont pas adaptés aux adolescents. D’où le besoin d’intégrer dans les politiques du pays, des normes plus en accord avec les besoins de ce groupe.
En ce qui concerne l’accoucheement, il existe actuallement une tendance des jeunes mères à chercher une attention qualifiée. Selon l’enquête réalisé par CIMAS, à Pedro Moncayo 50% d’accouchement ont lieu dans des grands Hopitaux de villes plus grandes comme Cayambe ou Quito, 20% ont lieux dans le Centre de Santé de Tabacundo, subcentre ou médecin particulier. Alors que 30% de jeunes femmes font appel à une partera (sage-femme traditionnelle), ou autre type d’attention. Bien que minoritaire, ce dernier groupe a des risques des complications obstétriques, de mortalité maternel et néonatal. Cela d’autant plus que les parteras qualifiées ont pratiquement disparu et beaucoup de femmes accouchent chez elles avec l’aide de la famille ou des voisins (12).
2. Déterminants économiques et socio-anthropologiques
2.1. Déterminantes économiques
Dans la region de Pedro Moncayo, on observe qu’à partir des années 80 la production des fleurs pour l’exportation réactive l’économie locale. Le niveau d’investissement dans ce secteur est très important ce qui a généré des sources directes de travail avec des salaires relativement élevés pour le milieu15. De ce fait, la population de Pedro Moncayo a agumente de façon très importate, notamment ces 15 dernières années. Entre le deux recencements de 1990 et de 2001 la population a augmenté de 98.4%. Elle est projectée pour l’année 2006 à 28 326 habitants dont le 40% mineur de 20 ans. De ces 28 326 habitants, 24% vit à Tabacundo et 76% dans les secteurs ruraux (14). Ce phénomène est dû principalement au nombre d’immigrants nationaux qui s’installent dans le canton, mais il y a également un gran nombre d’immigrants venus d’autres pays comme la Colombie ou le Pérou. Ces derniers arrivent de façon plus au moins massive notamment depuis la dollarisation de l’Equateur en 2000 et la crise politique des pays comme la Colombie. Ceci a eu un impact négatif sur différents structures comme l’école où par exemple on compte des fois 60 elèves par classe. Autre conséquence est la destructuration familiale, du fait du nombre croissant des mères qui bénéficient d’un travail salarié, mais qui en contrepartie délaissent la garde d’enfants et d’adolescents. On observe une détérioration des relations enfants-parents, la population se déplace souvent vers les centres urbains et floricoles ce qui entraîne des modifications familiales importantes. S’ajoute à cela des facteurs d’emigration. Nombreux sont les adolescents qui ont un parent ou proche parent en Europe ou aux Etats-Unis. Ceci est motivé par les conditions de vie à Pedro Moncayo. Pedro Moncayo n’est pas la région la plus pauvre de l’Equateur, cependant 74,3% de la population n’arrive pas à satisfaire ses besoins de base (15). 74,3% de la population possède des logements petits avec des caractéristiques physiques ou des services inadéquats : dans le canton 22 % de foyers n’ont toujours pas accès à l’eau potable, 74% n’ont pas accès au réseau d’égouts et 60% n’ont pas d’accès à un service de ramassage de poubelles.
2.2. Determinants socio-antropologiques
Les adolescentes deviennent donc un groupe vulnérable, notamment en ce qui concerne les problèmes de dépendance économique et sociale. Les effets de la grossesse pendant l’adolescence ont un impact sur la carrière professionnelle, le travail et les revenus dans le futur. Selon Hoffman (16)une naissance pendant l’adolescence réduit les revenus de 30% et augmente la probabilité de pauvreté de 28% des femmes entre 21 et 30 ans. Ceci est sans doute associé aux possibilités de continuer la scolarité. La qualité de vie des adolescentes enceintes peut être en danger contrairement aux adolescentes qui ne le sont pas et qui ont un meilleur niveau de scolarité. Cela veut dire qu’être dans un milieu scolaire peut protéger l’adolescente en améliorant sa capacité de décision. A Pedro Moncayo, 8,5% des enfants en âge scolaire ne vont pas à l’école (17). 13.3% des personnes âgées de plus de 15 ans ne savent pas lire et les années au moyen passés à l’école atteint les 5 ans : 4,5 pour les femmes et 5,6 pour les hommes (18). Il faut signaler également une importante dépendance économique (19) qui tend à perdurer puisque à Pedro Moncayo uniquement 10% de la population a fini ses études secondaires (20). Bien qu’il y ait des adolescentes (21) dont la grossesse est socialement et culturellement acceptée, cela implique souvent l’abandon des études. Selon l’enquête du CEPAR-ENDEMAIN (22), de toutes les adolescentes étudiantes qui étaient enceinte uniquement 62,2% ont continué leurs études pendant la gestation, mais dès que l’enfant est né uniquement 36,9% ont continué à le faire. Cela se met plus en évidence dans un milieu rural où seule une étudiante sur 5 continue ses études après l’accouchement. Ainsi, sur le long terme la possibilité d’un meilleur développement se voit réduit.
La décision d’abondoner le lycée provient souvent de la jeune fille mais on sait qu’elle est influencée par son milieu. Selon Jorge Naranjo Pinto (23), la présence des jeunes filles enceintes est redoutée par les professeurs et autorités car on a peur que l’image de l’établissement et son prestige se détériore. Donc l’adolescente est mal accueillie. Il y a eu des difficultés pour faire face à ces situations et pour dénoncer les attitudes et comportements de rejet. Il faut dire également que la plupart d’institutions éducatives ne savent pas quoi faire face à cela. Il n’y a pas une politique très claire. La réglementation est très confuse vis-à-vis la grossesse dans les écoles. Ce qui est claire est que depuis l’année scolaire de 2004-2005 les lycées ne peuvent plus rejetter une fille sous pretexte de sa grossesse. Le Lycée National de Tabacundo suis cette résoulution malgré la plainte de certains parents qui ne veulent voir leurs enfants « cotoyer » ces jeunes filles enceintes. Face à ces attitudes de rejet les adolescentes enceintes ne sent bien à l’aise ce qui peut répercuter sur la façon dont elle élèvera plus tard son enfant. A cela s’ajoutent les problèmes physiques qu’entraîne la grossesse et qui empêchent un suivit adéquat des cours scolaires. D’où le besoin du soutien plus fort envers ces jeunes filles.
2.3. La famille
Quand on parle de grossesse chez les adolescents on a tendance à penser que ce sont de grossesses non désirées. Or selon les donnes d’une petite étude de la CEPAR-ENDEMAIN, de 180 adolescents enceintes, 56,1% ont déclaré avoir désiré leur grossesse, 30% aurait voulu leur grossesse un peu plus tard et uniquement 13,9% n’ont pas souhaité leur grossesse en cours. Bien que le désir d’enfant puisse varier selon l’étape de gestation. - beaucoup de femmes acceptent leur grossesse progressivement- certains facteurs peuvent expliquer ces faits : dans certaines sociétés une grossesse précoce peut être désirée et attendue car la maternité est l’entrée à l’âge adulte. Pour certaines adolescentes la grossesse peut leur donner un nouveau statut social et peut se traduire par la possibilité d’établir un projet de vie, malgré les privations et sacrifices qu’un enfant à charge peut entraîner. Il faut cependant considérer que le désir d’être mère n’est pas toujours réel, mais que c’est un moyen pour substituer une situation ou arriver à quelque chose d’autre. La famille est un facteur de protection ou de risque. Selon des recherches établies dans l’hôpital Gynéco-obstétrique Isidro Ayora, un haut pourcentage de conduites familiales répétitives ont été identifiées, ce que certains auteurs appellent un héritage social ou culturel. Les dysfonctionnements familiaux entraînent un sentiment de solitude et de baisse de l’estime de soi. Le manque de communication, le manque de compréhension, une forme inadéquate du maintien de l’autorité et les limites dans la famille peuvent encourager la jeune fille à être mère( 24). La grossesse provoque des réactions sociales, familiales et individuelles qui exposent l’adolescente au risque de difficultés psychologiques. C’est d’autant plus difficile que la maternité implique d’assumer un rôle avec des responsabilités d’adulte pour lesquelles nombreuses filles ne se disent pas prêtes. S’ajoute à cela, la pression que ces jeune filles peuvent avoir étant donné leur âge : tout l’entourage a son mot à dire sur la garde et les soins de l’enfant. La jeune maman peut se sentir surchargée, harcelée sans savoir comment faire face à la situation. Ces problèmes émotionnels sont rarement évoqués lors qu’il s’agit de la paternité. Il est nécessaire de travailler également auprès de jeunes hommes. La paternité, chez l’adolescent -souvent forcée et difficilement assumée- fait que l’adolescent est en confrontation avec soi. Bien que la paternité puisse réaffirmer leur masculinité, cela implique également de se refaire au rôle de père-soutien de famille. Ce rôle est difficile à assumer ce qui peut le disqualifier et le remplir de culpabilité.
C. Problématique de la RA
Nous venons de voir de nombreux facteurs qui défavorisent la condition des adolescents et adolescentes dans le pays. Il serait intéressant d’approfondir nos connaissances, notamment en milieu rural pour pouvoir apporter des solutions adéquates. Comme nous venons de le voir, Pedro Moncayo est un lieu toujours en transition. Actuellement un effort est en cours pour établir un plan de santé qui vise la prise en charge globale des personnes. De ce fait il existe déjà à Pedro Moncayo une infrastructure qui peut garantir une réduction des risques sanitaires et il est donc difficile d’expliquer les problèmes liés à des grossesses précoces. Il est nécessaire donc de mener des recherches en s’interrogeant sur les raisons qui font qu’il ait un écart entre les conditions de santé actuelles et celles qui sont souhaitées par les services institutionnels sur place. Cela mérite une compréhension et une mise en parallèle de ce que les services en place et la population entendent par santé. C’est dans ce sens que nous considérons important de mener une recherche privilégiant l’approche anthropologique comme complément des données épidémiologiques tout en visant une démarche constructive où la participation des acteurs de santé et de la population concernée est capitale.
D. Objectifs et activités de la recherche-action
1. Objectif général (à atteindre sur trois ans)
Notre étude vise à produire de la connaissance sur les représentations et les pratiques autour de la sexualité, de la reproduction et de la grossesse des adolescentes ainsi qu’une analyse des institutions de santé susceptibles de les prendre en charge, afin de comprendre les raisons des obstacles à l’accès aux soins de santé. Elle vise, par l’intermédiaire de la constitution d’un groupe de travail (cf. méthode), à poser des préconisations en vue d’améliorer les actions de santé en direction des adolescents, et à en évaluer l’impact.
2. Objectifs secondaires, activités et résultats attendus
Les objectifs et actions cités ci-dessus seront réévalués tout au long de la recherche-action.
a) Réaliser une ethnographie des pratiques autour de la santé sexuelle et reproductive auprès des adolescents, des institutions et des services de santé pour élaborer de connaissance concernant :
La relation que les adolescents entretiennent avec leur milieu social. Identifier les facteurs qui déterminent ces comportements, déterminer le rôle normatif du milieu social de l’adolescent. Le rôle de la famille et de l’école en ce qui concerne l’éducation sexuelle : comment les savoirs vis-à-vis de la sexualité sont abordés et transmis. Les sources de connaissance et diffusion autour de la sexualité et la contraception. La sexualité des jeunes centrée sur la gestion de la procréation et la santé sexuelle : identifier et décrire les pratiques de contraception chez les adolescents quand elles existent. Le vécu des grossesses chez les jeunes.
b) Préconisations d’actions.
Elaborer des réponses concrètes et créer un lieu commun entre adolescents, personnel de santé, maîtres d’écoles, etc., afin de construire une structure capable de répondre aux besoins de jeunes. Susciter la demande chez les adolescents d’information et de services de prevention et de soin, à travers de conférences dans le lycée et plantations où grand nombre d’adolescents travaillent. Faciliter la diffusion des connaissances autour de la contraception en coordination avec le service d’orientation du Lyccé de Tabacuando et l’assiste sociale du Centre de Santé. Faciliter l’accès à des moyens contraceptifs en coordination avec le Centre de Santé. Favoriser l’accès aux soins.
3. Résultats attendus.
Réduire les nombre des grossesses non désirés. Le suivi des grossesses précoces soit fait le plut tôt possible. Les adolescents soit conscients des ses droits et dévoirs en ce qui concerne la santé sexuelle et reproductive. Les intervenants médico-sociaux aient plus de connaissances sur les contraintes de prise en charge des adolescents et disposent d’outils adaptés pour leurs actions de prévention.
E. Populations concernées
L’adolescence est un processus qui comprend divers changements physiques ainsi que de profonds changements émotionnels, cognitifs et d’adaptation sociale. Il est difficile de limiter l’adolescence à des rangs chronologiques car l’adolescence est définie selon la culture ou la société où l’individu se développe. Pour concilier les différentes perceptions afin de pouvoir normaliser les indicateurs bio-statistiques l’Organisation Mondiale la Santé détermine les groupes comme suit : Préadolescence ou âge scolaire : 5 à 9 ans ; Adolescent mineur : 10-14 ans ; Adolescent majeur : 15-19 ans ; Jeunes Adultes : 20-24 ans Nous avons donc choisi comme cible les jeunes de 10 à 19 ans. Nous menons également des recherches complémentaires enquêtant auprès des services de santé et instituions éducatives de la région (25). Nous nous limitons au canton de Pedro Moncayo.
F. Méthodologie
1) Elaboration du chercheur collectif
Nous le définissons comme un groupe porteur de la réflexion et de la programmation, constitué par :
des chercheurs professionnels d’Epi-Ethno Santé et/ou venant d’organismes de recherche ou d’universités,
des membres à part entière, mais particulièrement impliqués, de la population concernée par l’enquête participative,
des acteurs de santé de terrain.
Les données recueillies par l’anthropologue référent visent à alimenter le groupe chercheur collectif. Ce dernier est le catalyseur aussi bien de la réflexion que de l’élaboration des actions de santé par le groupe.
2)Notre enquête se construit à travers des méthodes classiques de l’anthropologie :
Des entretiens semi directifs auprès des jeunes adolescents. Des récits de vie afin de déterminer leurs parcours. Des entretiens grupaux.
L’observation participante est également utilisée dans différents services de santé et structures éducatives pour permettre de saisir les atouts et limites des ces services. Nous menons également des entretiens libres ou semi directifs, auprès du personnel de santé et personnel éducatif.
La validité de l’étude n’est bien évidemment pas basée comme en épidémiologie sur une probabilité d’occurrence, ou sur le calcul de puissance statistique. Il n’y a pas de taille d’échantillon précisément définie au départ, mais il se définit au fur et à mesure de l’enquête.
G. Calendrier de la RA
Le programme de la recherche est prévu d’une durée de trois ans du janvier 2005 à décembre 2007.
2005 : Estimation de la faisabilité et création d’un groupe de travail pluridisciplinaire et pluri institutionnel. Premières préconisations d’actions de santé. Préparation du terrain (recherche bibliographique, préparation des grilles d’entretiens). Travail d’enquête ethnographique. Départ pour l’Equateur. Réalisation d’une première enquête de 2 mois. Travail de transcription de ces récits de façon thématique. Les données seront replacées dans un cadre historique (recontextualisation) et éclairées par les différents travaux des anthropologues, historiens, sociologues, médecins, etc.
2006 : Retour au terrain pour un enquête de 3 mois. Mise en place du groupe de travail « le chercheur collectif » Premiers bilans des préconisations de l’action. Poursuites et recadrage des préconisations. Organisation des premières campagnes d’information et sensibilisation aux jeunes et personnel de santé et éducation pendant le mois d’avril, décrété comme celui de la Santé à Pedro Moncayo. Continuer avec le travail ethnographique. Nous laisserons la possibilité à l’informateur de parfaire et d’approfondir son discours grâce à des enquêtes complémentaires. L’enquête sera soumise également à d’autres témoins lors du séjour en Equateur. Recadrage des préconisations.
2007 : Retour au terrain pour continuer l’enquête de 3 mois. Poursuite de l’évaluation des préconisations de l’action. Poursuite du groupe de travail afin de l’élaboration d’un rapport final. Analyse finale des données qualitatives et quantitatives. Restitution finale du travail.
A l’issue des 3 ans de recherche-action auront lieu la publication d’un rapport final et une évaluation globale du travail tant sur les résultats, que le processus de recherche-action, des ressources investies et de la participation de la communauté.
Les résultats seront valorisés et diffusés par le biais de publications. Des restitutions seront proposées dans les réunions professionnelles et auprès du personnel impliqué dans le recueil de données aux partenaires et éventuellement à la population concernée.
H. Bibliographie
Consejo Cantonal de Salud del Cantón Pedro Moncayo. Plan Integral de Salud 2003-2007.
Dryburgh Heather, 2001. « Grossesses chez les adolescentes » in Rapports sur la santé. Vol. 12 Nº 1. Statistiques Canada Nº 82-003
Gobierno de la Provincia Pichincha. Estrategia Básica de Desarrollo. Plan General de Desarrollo Provincial de Pichincha ; Propuesta Estrategia Provincial. pp. 319-327
Hoffman S. 1993 “Reevaluating the costs of teenage childbearing” in Demography.
Ilustre Municipio del cantón de Pedro Moncayo, 2000 Plan de desarrollo cantonal. Tabacundo.
Lara A., Orfe F., Galárraga J., et al. 1988 « Eclampsia : manejo en el hospital « Enrique Garcés » in Educación Médica continuada. Nº 21
Moya W, 2002 « Exposición a los espermatozoides : un de riesgo para el desarrollo de preeclampsia en adolescentes embarazadas » in Proyecto HGOIA-AECI. Quito.
Naranjo Pinto Jorge, 2002. « Intenciones y actitudes perinatales en relación con la lactancia al seno. Una aproximación al estudio de factores de riesgo para el maternaje en adolescentes gestantes » in Revista Ecuatoriana de Pediatría. Vol. 1:1 Quito.
Naranjo Pinto Jorge, 2003. Embarazo en la adolescencia. Consultoria FOSE. Quito.
Observatorio social del Ecuador/Unicef, 2003Estado de los Derechos de la niñez y la adolescencia en el Ecuador. Quito.
Romero S., Soto M. 2002 « Deserción escolar y embarazo temprano » in Memorias del Primer Curso Internacional de Adolescencia. Camigrafic. Quito.
Sistema Integrado de Indicadores sociales del Ecuador (SIISE) 2005 Versión 4.5. www.siise.gov.ec
Tenorio Rodrigo, 1995 La cultura sexual de los adolescentes, Ed. Abaya-Yala. Quito-Ecuador
UzanMichèle2004,Journéesdetechniquesavancéesengynécologieobstétriqueetpérinatalogie.HôpitalJean Verdier. Bondy
Notes :
1. Observatorio social del Ecuador/Unicef, 2003Estado de los Derechos de la niñez y la adolescencia en el Ecuador. Quito.
2. Selon les chiffres du 1998 du SIISE, 2005 (Système Intégré d’Indicateurs sociaux de l’Equateur )
3. D’après la communication des JTA (Journées de techniques avancées en gynécologie obstétrique et périnatologie) 2004 de Michèle UZAN, chef de service de gynécologie obstétrique de l’hôpital Jean Verdier à Bondy.
4. Heather Dryburgh, 2001. « Grossesses chez les adolescentes » in Rapports sur la santé. Vol. 12 Nº 1. Statistiques Canada Nº 82-003
5. Selon les chiffres du 1999 du SIISE.
6. Chiffre selon la Première session ordinaire du 29 janvier-6 février, 2001 des Fonds des Nations Unies pour la population, New York.
7. Jorge Naranjo Pinto, 2003 Embarazo en la Adolescencia, Consultoría FOSE, Quito.
8. Lara A., Orfe F., Galárraga J., y Coll.2002, Eclampsia : manejo en el hospital « Enrique Garcés » Educación Médica continuada. nº 21. 1988 et Moya W , Exposición a los espermatozoides : un de riesgo para el desarrollo de preeclampsia en adolescentes embarazadas. Proyecto HGOIA-AECI. Quito.
9. Selon une enquête réalisée par la fondation CIMAS, la desnutricion cronique chez les enfants du canton mineurs de 5 ans est estimée de 33,7% . Ce pourcentage est légerèment plus haut si l’on compare à la moyenne nationale, alors que la desnutrition globale est significativement plus grande (presque le double) de la moyenne nationale. (Fondantion CIMAS, 2006 El sol renace en Mojanda. Quito)
10. Selon les chiffres du SIISE 1999.
11. Jorge Naranjo Pinto, 2002. « Intenciones y actitudes perinatales en relación con la lactancia al seno. Una aproximación al estudio de factores de riesgo para el maternaje en adolescentes gestantes » in Revista Ecuatoriana de Pediatría. Vol. 1:1 Quito.
12. CIMAS, 2006 El Sol renace en Mojanda. Quito
13. Ilustre Municipio del cantón de Pedro Moncayo, 2000 Plan de desarrollo cantonal. Tabacundo
14.Gobierno de la Provincia de Pichincha. 2201. Estrategia Básica de Desarrollo. Plan general de Desarrollo Provincial de Pichincha.
15. Selon les critères des Expertes Gouvernementaux de la Communauté Andine, l’indice des besoin de base non satisfaits, définit à un foyer comme pauvre du moment où il y a des graves carences d’accès à l’éducation, à la santé, à la nutrition, au logement, aux services urbains et aux opportunités d’emploi. L’utilisation de cet indicateur trouve ses limites dans la fait que certaines privations chroniques, changent lentement dans le temps. SIISE, 1995
16. Hoffman S. 1993 “Reevaluating the costs of teenage childbearing” in Demography.
17. Selon les chiffres du SIISE, 1999
18. Selon les chiffres du SIISE, 1999
19. Une haute dépendance économique est définie par le fait que dans des foyers, où il existe plus de 3 membres, le chef de famille n’a plus que deux ans d’éducation primaire.
20. Selon les chiffres du SIISE, 1999
21. Ce sont des souvent des adolescentes en couple stable et qui viennent de la région rural ou qui se sont installées dans de régions de transition rural-urbaine, avec une place dans la société de type traditionnel et un projet de vie centré sur la maternité. Elles quittent l’école avant la grossesse.
22. CEPAR-ENDEMAIN : Centro de Estudios de Población y Paternidad Responsable - Encuesta Demográfica y de salud Materno-infantil.
23. Jorge Naranjo Pinto, 2003. Embarazo en la adolescencia. Consultoria FOSE. Quito.
24.Nous ne voulons pas partir du principe que les grossesses pendant l’adolescence sont toutes non-désirées. Comme nous l’avons dit précédemment, certaines jeunes filles expriment leur désir d’être mères. Encore faut-il leur donner les moyens, notamment, en ce qui concerne les connaissances pour mieux gérer leur maternité et continuer le suivi médical pendant et après la grossesse.
25. Actuellement nous travaillons en colaboration avec le personnel du Centre de Santé de Tabacundo et le personnel du Lycée de Tabacundo.